mardi 29 mai 2007

Au coin de la rue

Petite Bébouille a tourné au coin de la rue. Dans les bras de son papa, chaudement emmitouflée, elle est partie en crèche par cette journée venteuse. Cette nuit, au cours d'un rêve expiatoire qui m'a réveillée haletante à 3 h du matin, je l'ai perdue. Elle est morte dans les Cévennes, berceau de ma propre mère, victime d'une maladie gravissime et soudaine qui nous obligeait à la maintenir dans un caisson rempli de gélatine orange oxygénée à changer toutes les 30 minutes. Devant la difficulté quasi-intenable de la tâche, Philippe a essayé de mettre fin aux souffrances de notre bébé et aux nôtres en précédant l'issue fatale. J'ai voulu l'en empêcher mais le médécin urgentiste nous l'a prise ; Hors du caisson, il n'a pas fallu longtemps pour qu'elle s'éteigne. Pfft ! Juste comme ça. J'ai hurlé que "je ne concevrai jamais plus d'autre enfant, qu'Elie était notre seule chance". C'est le cauchemar le plus terrible que j'aie fait de ma vie. Loin devant celui de la petite enfance au cours duquel le corps inanimé de mère partait et repassait sur un brancard d'hôpital devant mes yeux éplorés et ceux de ma soeur. Ce rêve, aussi terrible qu'il soit, m'aide à évacuer la peur de perdre Elie et le trauma de son opération toute récente. Il est porteur d'un message. "Profite de la vie auprès de ton enfant, elle est ce que tu as de plus précieux. Elle est en bonne santé, heureuse, jolie, intelligente. Nul ne peut dire combien de temps vous sera attribué ensemble" me dit il dans toute sa violence. Je ne peux que retenir la leçon. Ce matin, je pouvais dormir mais à 7h, bien qu'elle ait été prise en charge dès 6h30 par son papa pour le petit déj, une force irrésistible m'a poussée vers la chambre verte où gazouillait le bébé. Pendant que Philippe se douchait avant de partir au travail, Elie June jouait tranquillement dans son petit lit blanc. Calme, innocente, pleine de vie. Aux antipodes de ce marathon virtuel contre la montre que j'ai perdu pendant la nuit. Celui, évéillé, que je vivrai à ses côtés et ceux de Philippe me laisse tout le temps, à moi qui ai l'impression de ne jamais en avoir assez. Il n'est plus question d'une course désormais. Bien au contraire. "Carpe Diem", plus que jamais.

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